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    Ne te désespère pas, ô mon âme !

    L'espoir de toutes les âmes est arrivé de l'invisible.

    Ne te désespère pas, bien que Maryam ne soit plus là :

    Cette lumière qui emporta Jésus vers le ciel est venue.

    Ne désespère pas, ô mon âme, dans les ténèbres de cette prison,

    Car ce Roi qui racheta Joseph de la prison est venu.

    Jacob est sorti de la tente où il se cachait,

    Joseph, qui déchira le voile du secret de Zuleikâ, est venu.

    Ô toi qui as passé toute la nuit jusqu'à l’aube disant : « Mon Seigneur, mon Seigneur ! »

    Celui qui a entendu ce « Mon Seigneur, mon Seigneur ! » est venu.

    Ô toi dont la douleur a duré si longtemps, oh ! bonheur ! la guérison est là.

    Ô toi dont la serrure est fermée, ouvre, voici la clé.

    Ô toi qui jeûnes devant la « Table céleste »,

    Romps le jeûne, car la nouvelle lune est née.

    Sois silencieux, sois silencieux, car par l'ordre de « Kun(1)»,

    Le choc de l'émerveillement est plus fort que la parole.

     

    Rûmî, Ode mystique 631 (Seuil, Points sagesse)

     

    (1) Kun : "sois !", le fiat créateur.

     

     


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         Encore un beau moment de méditation offert par le doux maître Rûmî.

     

    « Tu étais mort, mais ton regard a contemplé l'univers de l'âme ;
    Quand tu ressusciteras, tu sauras désormais comment il faut vivre.
    Celui qui, comme Enoch, est mort, puis est revenu sur terre,
    Enseigne dans le royaume  céleste et connaît les choses invisibles.
    Viens, dis-moi par quel chemin tu es sorti de ce monde,
    Et de l'autre côté aussi, par quelle invisible route tu es revenu ici-bas ?
    C'est un chemin sur lequel s'envolent chaque nuit toutes les âmes ;
    De ville en ville, toutes les cages se vident d'oiseaux pendant la nuit.
    Quand les pattes de l'oiseau sont liées, il ne s'envole pas au loin,
    Il n'arrive pas au ciel, il ne parvient pas à décrire des cercles dans les airs ;
    Quand, par la mort, il brise ses attaches et s'envole,
    Il découvre la réalité et le secret de toutes choses.
    Garde le silence, car le monde du silence est une plénitude ;
    Ne bats pas du tambour de la parole : la parole n'est qu'un tambour vide. »

    Rûmî, Ode mystique n° 493

     

     


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         Je ne puis me lasser de la lecture de Rûmî...

     

    « Ô Bien-Aimé, la beauté spirituelle est radieuse et resplendissante,
    Mais Ta propre beauté et Ta grâce sont autre chose.
    Ô toi qui passes des années à décrire l'esprit,
    Manifeste une seule qualité qui soit égale à Son Essence !
    L'imaginer remplit les yeux de lumière,
    Mais en comparaison de l'union avec Lui, ce n'est qu'obscurité.
    Je reste dans la stupeur, vénérant cette beauté ;
    « Dieu est grand » est à chaque instant sur les lèvres de mon cœur.
    Mon cœur est devenu regard dans le perpétuel désir de Toi :
    Ô combien ce désir nourrit les yeux et le cœur !
    Ne parle pas des Houris(1), de la lune, de l'âme, ni des Péris(2) :
    Rien de tout cela ne Lui ressemble ; Lui, c'est autre chose.
    Ton amour est comme une faveur accordée à un serviteur :
    Où donc est le cœur digne d'un tel amour ?
    Chaque cœur qui, par désir de Toi, est resté éveillé,
    Est pareil au jour radieux, et rend l'air lumineux.
    Quiconque a renoncé à son dessein, lorsqu'il devient ton disciple,
    Obtient la réalisation avant même de l'avoir souhaité.
    Chaque réprouvé qui a brûlé de cet amour et qui y est tombé
    Est tombé dans le Kawthar(3) : car Ton  Amour est le Kawthar.
    Mon pied ne touche plus le sol, dans l'espoir de cette union ;
    Tant que je suis séparé de Toi je tiens, de chagrin, mon front dans mes mains.
    Ne t'afflige pas, ô mon âme, d'être opprimée par tes ennemis,
    Et rappelle-toi ceci : le Bien-Aimé est le juge.
    Si l'ennemi se réjouit de voir mon visage pâli,
    N'est-il pas vrai que cette pâleur provient de la rose rouge ?
    La Beauté de mon Bien-Aimé est au-delà de toute description :
    Combien ma douleur est forte, combien ma louange est faible !
    Il est vrai que pour celui qu'Il rend misérable,
    Plus sa douleur est grande, plus faible est sa plainte.
    Shams-od-Dîn(4) a brillé, pareil à la lune, de Tabrîz :
    Que dis-je, la lune ? Non, son visage est bien plus radieux encore. »

    Ode mystique n°449 (Points Sagesse)

     

    1 - Vierge du Paradis.
    2 - Créature ailée d'une divine beauté.
    3 - L'Abondance.
    4 - Derviche errant, originaire de Tabrîz, qui a apporté à Rûmî la Réalisation suprême. C'est à lui qu'il dédie le volume de ses odes, car c'est à travers lui que s'est révélé le Divin à ses yeux.

     


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           Depuis le confinement, vous l'avez peut-être remarqué, j'ai repris la lecture des Odes mystiques de Rûmî, que j'avais abandonnée en son milieu car il y en a 445 pages, numérotées jusqu'à 1081, avec 5 supplémentaires...

         C'est un délice ; car quand l'une d'elles me plaît, je ne lis et relis que celle-là, durant plusieurs jours. Voici la dernière retenue pour ce week-end pascal.

     

    Toutes ces recherches des amoureux ne viennent pas d'eux-mêmes ;
    Ici-bas, il n'est point d'autre chercheur que Lui.
    Ce monde-ci et l'autre monde sont de même essence :
    Dans la vérité n'existent ni l'impiété, ni la religion, ni la foi.
    Ô toi dont le souffle est celui de Jésus ! Ne souffle pas mot de l'éloignement.
    Je suis l'esclave de celui qui ne pense pas à l'avenir lointain.
    Si tu dis : « Je m'en retourne », non, ne t'en retourne pas.
    Si tu dis : « Je vais en avant », non, il n'est pas de chemin pour avancer.
    Ne cherche pas de secours auprès d'un autre que toi-même.
    Le remède de ta blessure est cette blessure elle-même.
    Tout bien et tout mal se trouvent chez les derviches ;
    Celui qui n'est pas ainsi, ce n'est pas un derviche.
    Celui-ci erre loin de sa demeure ; sa demeure est dans le cœur :
    Il n'est point, dans tout l'univers, d'autre demeure que le cœur.

    Rûmî, Ode 425 (Seuil-points-sagesse)

     

     

        Quelle beauté ! Quelle Vérité !


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          Jésus disait bien qu'on ne pouvait pas mettre du vin nouveau dans de vieilles outres. 

          De même, dans cette ode merveilleuse, nous apprenons qu'il faut laisser mourir en nous notre esprit revendicateur et criticailleur, notre pensée insatiable en désirs et en questionnements, pour nous ouvrir à l'Amour radieux qui nous habite et qui est la véritable Vie. Ainsi, nous abandonnant comme un enfant dans les bras de sa mère, apprenons la Confiance absolue.

          Rûmî Lui donne ici le nom du Maître qui Le lui a révélé : Shams de Tabrîz - tout comme un chrétien, pour évoquer le Père qu'il ne connaît pas, en appellerait à Jésus pour Le représenter.

    Ô toi que le Roi d'amour a fait échec et mat,
    Ne sois pas en colère, ne cherche pas vengeance.
    Entre dans le jardin de l'anéantissement. Contemple
    Le paradis qui réside en ta propre âme éternelle.
    Quand tu t'éloigneras davantage de toi-même,
    Ton regard parviendra jusqu'au-delà des cieux.
    Le sultan des vérités et des sens cachés,
    Dont l'ombrelle et les étendards sont faits de lumière éternelle,
    Lorsqu'Il apparaît ne réclame pas de Lui des prodiges,
    Car les prodiges ne servent que de signes.
    Le rivage de la mer pendant un temps est visible :
    Lorsqu'il est submergé, qu'en reste-t-il alors ?
    Nous sommes vaincus par toi, ô Shams de Tabrîz :
    Nous t'apportons cent saluts et serments d'allégeance.

    Rûmî, Odes Mystiques, n°378

     

     

     


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