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          Je ne sais plus écrire de poésie... il me semble aujourd'hui que j'ai tout dit, du moins en ce qui concerne le monde épais de l'émotionnel et du mental.

         Mais le soir, quand tombe la nuit, combien plus poète m'apparaît le merle qui improvise à l'infini des phrases toujours changeantes, toujours plus gracieuses et plus créatives ! Je ne sais que l'écouter.

      Et hier au soir, combien plus poète encore était le grillon, qui se mit à chanter quand parut la première étoile, belle et resplendissante sur le bleu profond de l'Orient - la planète Jupiter... Et moi, qu'en aurais-je dit ?

        Cependant il est un poème qui aujourd'hui m'émeut chaque jour plus profondément, grâce à l'interprétation qu'en a donnée mon nouveau maître en spiritualité, l'ardente flèche vive Lili Boulanger ; c'est le "Soir sur le Plaine" d'Albert Samain (mort lui aussi prématurément, et un peu maître lui-même puisqu'on peut lire de lui à cette page : "ma vie n'a pas d'histoire"...).

        C'est la 4e strophe, que je retranscris ici en italique, qui m'impressionne particulièrement. Lili a su en souligner la profondeur en répétant pour terminer "Écoute !" comme un écho qui se perpétue.

     

    Vers l'Occident, là-bas, le ciel est tout en or !
    Le long des prés déserts où le sentier dévale
    La pénétrante odeur des foins coupés s'exhale.
    Et c'est l'heure émouvante, où la terre s'endort.

    La faux des moissonneurs a passé sur les terres
    Et le repos succède aux travaux des longs jours.
    Parfois une charrue oubliée aux labours
    Sort comme un bras levé, des sillons solitaires.

    La nuit à l'Orient verse sa cendre fine.
    Seule au couchant s'attarde une barre de feu.
    Et dans l'obscurité qui s'accroît peu à peu
    La blancheur de la route à peine se devine.

    Puis tout sombre et s'enfonce en la grande unité.
    Le ciel enténébré rejoint la plaine immense.
    Écoute ! Un grand soupir traverse le silence,
    Et voici que le cœur du jour s'est arrêté.

     

         Pour l'écouter dans l'interprétation pour chœur, solistes et piano de Lili Boulanger, il faut choisir de préférence une version vraiment inspirée, qui sait mettre en valeur cette dernière strophe dans toute sa magique splendeur. Hélas, les français sont tout le contraire de mystiques et dédaignent leurs plus grands musiciens ou poètes, tandis que par chance les étrangers (allemands, anglais, suédois, américains...), savent les apprécier.   

         C'est pourquoi la meilleure interprétation en sera trouvée ici, avec des chanteurs mal familiarisés avec notre langue mais d'une grande sensibilité. Si l'on souhaite n'écouter que la 4e strophe, c'est à partir de 5'30 (ici). Mais en écoutant le tout, on pourra découvrir l'immense délicatesse de peintre et de poète avec laquelle cette jeune femme d'à peine 20 ans a su esquisser par élans successifs la mouvante beauté de ce tableau, et en suggérer toute l'intense profondeur, lui apportant puissance et vie.

     

     


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    « Je ne suis ni la pensée ni l'intelligence, ni le moi, ni la conscience ;
    Je ne suis ni l'oreille, ni la langue, ni le nez, ni l’œil ;
    Je ne suis pas davantage l'atmosphère, la terre, le feu, ni le vent ;

    Je suis Pure Béatitude, l'Esprit Divin, l'Esprit Divin.

     

    Je ne suis pas le souffle de vie, ni le corps,
    Je n'habite pas les organes ni même les corps subtils ;
    Je ne suis pas davantage la voix, les membres ou le sexe ;

    Je suis Pure Béatitude, l'Esprit Divin, l'Esprit Divin.

     

    Je ne subis pas attirance ou répulsion, désir ou illusion ;
    Je ne connais ni l'orgueil, ni la colère, ni l'envie ;
    Je n'ai pas davantage besoin de discipline, de chance, d'aspiration ou de libération ;

    Je suis Pure Béatitude, l'Esprit Divin, l'Esprit Divin.

     

    Je ne suis ni dans la vertu ni dans le vice, ni dans le bonheur ni dans la souffrance ;
    Je ne nécessite ni mantra ni pèlerinage, ni Saintes Écritures ni sacrifices ;
    Car je ne suis ni la nourriture, ni le fait de goûter, ni celui qui goûte ;

    Je suis Pure Béatitude, l'Esprit Divin, l'Esprit Divin.

     

    Je ne connais ni la mort, ni la peur, ni les classes sociales ;
    Je ne connais pas davantage de père, de mère ni de naissance,
    Pas plus que de frère, d'ami, de maître ou de disciple.

    Je suis Pure Béatitude, l'Esprit Divin, l'Esprit Divin.

     

    Je suis Immuable et Infini,
    Présence servant de support à tout ce qui est perçu,
    Éternellement libre et illimité ;

    Je suis Pure Béatitude, l'Esprit Divin, l'Esprit Divin. »

     


    Âdi Shankarâchârya, Âtmashatakam (le Chant de l'Âme),
    encore appelé "Nirvâna Shatakam" ("Le Chant de l'extinction")
    dans une traduction personnelle
    à écouter ici

     

     

     


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    « En ce moment, que manque-t-il ? »

        Cette question du grand maître zen Rinzaï, rapportée par Eckhart Tolle, permet d'affronter les différentes pensées présentes avec les émotions ou sentiments qui s'y rattachent, et de comprendre leur inutilité, puisqu'ils émanent tous de la croyance en la possibilité d'être rempli par des éléments inexistants puisque présents dans la seule pensée... Puis leur origine profonde : la croyance en la limitation, dans le fait d'être séparé du tout.

     

    « Bien que, par endroits, ils traitent de la méditation sur Toi, les Védas ne Te proclament-ils pas le sans attache, tout particulièrement relié au vaisseau du cœur de tout, existant en tant que Soi, et de la nature de l'indivisé ? »

    Ribhu Gîta, 70.

     

      Se délier de toute attache : pensée, croyance, aspiration ou refus.

     

     

     


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    « Jésus disait :

    Si la chair est venue à l'existence à cause de l'esprit, 
    c'est une merveille ;
    mais si l'esprit est venu à l'existence à cause du corps,
    c'est une merveille de merveille !

    Mais moi, je m'émerveille de ceci :
    Comment cet Être qui Est,
    peut-il habiter ce Néant ? »


    Évangile de Thomas : logion 29,
    traduit par Jean-Yves Leloup
    (avec quelques modifications
    de la ponctuation et du graphisme).

     

    Comment le soleil pourrait-il habiter les nuages ?...

    Quand pris dans la brume tu marches en aveugle, ne songes-tu pas à t'asseoir et à attendre que celle-ci se dissipe ?

    Le tonnerre et les éclairs te fascinent-ils à ce point, que tu les laisses affoler ton cœur ?

     

     


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    Ô mort, poussière d'étoiles,

    Lève-toi sous mes pas ! 

    Viens, ô douce vague qui brilles

    Dans les ténèbres ;

    Emporte-moi dans ton néant.

     

    Viens, souffle sombre où je vacille,

    Comme une flamme ivre de vent ! 

     

    C'est en toi que je veux m'étendre,

    M'éteindre et me dissoudre,

    Mort où mon âme aspire !

    Dieu fort qu'elle attend

    Avec des chants et des rires d'amour.

     

     Viens, brise-moi comme une fleur d'écume,

    Une fleur de soleil à la cime

    Des eaux

    Que la nuit effeuille, que l'ombre efface,

    Et que l'espace épanouit.

     

     Et comme d'une amphore d'or,

    Un vin de flamme et d’arôme divin,

    Épanche mon âme

    En ton abîme, pour qu'elle embaume

    La terre sombre et le souffle des morts... 

     

     Charles van Lerberghe,
    "La Chanson d’Ève",
    mise en musique par Gabriel Fauré

     

     


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