•  

    L'Avadhûta

     

           Je ne me lasse pas de relire, par toutes petites gorgées, cette merveille qu'est l'Avadhûta Gîtâ, ici dans la traduction d'Alain Porte (que son adaptation en vers libres rend encore plus inspirante).

             Voici un passage du premier chapitre :

    En vérité c'est en toi, et par ce que tu es,
    que tu remplis totalement toute chose.
    Tu n'es ni celui qui médite, ni la méditation, ni la pensée.
    Comment méditer alors sans rougir ?


    Je ne connais pas la Béatitude, comment la dire ?
    Je ne connais pas la Béatitude, comme la partager ?
    Si je suis Béatitude, la Réalité ultime a comme propre forme
    D'être partout égale, et semblable à l'espace.


    Je ne suis pas la Réalité, la Réalité est partout égale,
    rien ne l'incite à prendre forme.
    Sans personne pour percevoir, sans rien à percevoir,
    Comment être son propre objet de connaissance ?

    Avadhûta Gîtâ I, 26-27-28

     

       Cette lecture plonge dans une profonde méditation ou, comment dire, dans un état de stupeur ou d'extase, par la répétition toujours plus intense d'expressions qui déroutent le mental et détruisent ses certitudes.

        Tout ce à quoi l'on s'accroche est progressivement soustrait pour laisser place à une sorte d'évidence qui frappe au cœur. C'est une forme d'incantation... En effet, comment dire ce qui ne peut être dit ? C'est la conclusion du second chapitre.

    Là où ni pensée ni parole ne peuvent se produire,
    Comment l'enseignement d'un maître est-il possible ?

    Avadhûta Gîtâ, II, 40

     

     

     


    6 commentaires
  •  

             Voici un texte merveilleux de Shemsi Husser, qui cite plusieurs fois le Livre du Dedans de Rûmî, et que l'on peut lire intégralement à cette page.

           On y apprend que ce n'est pas ce que nous mangeons qui nous rend vivants, mais que c'est notre aspiration à la Vie véritable que "Dieu" (ou la Source absolue) nous offre.

     

     

     

     

     

     


    7 commentaires
  •  

    Conseils de sagesse pour aller de l'avant

     

         Pema Chödrön, née en Amérique en 1936 et devenue nonne bouddhiste après avoir été mariée deux fois et avoir élevé des enfants, auteure de nombreux livres de sagesse mais aussi d'un ouvrage qui s'intitule "Conseils d'une amie pour des temps difficiles", expose dans ce livre (paru initialement en anglais en 2015) tout ce que sa riche expérience et sa pratique spirituelle lui ont permis de comprendre au sujet de l'échec.

         1 - Qu'il fait partie de la vie et fait de nous des humains à part entière, nous interdisant donc de nous auto-flageller à chaque fois que cela nous arrive.

             2 - Que le ressentir pleinement est donc une occasion pour nous d'ouvrir notre cœur au-delà de l'ego, et de nous rapprocher davantage des autres.

     

              Ce livre, très agréable dans sa première partie (un discours à des étudiants) parce que très aéré et ponctué de belles calligraphies en forme de spirale ouverte, est suivi d'un long interview de la moniale, dont je vous cite ici les dernières pages, qui évoquent la perte de nos moyens physiques à travers la paraplégie, puis plus simplement la vieillesse (elle confie qu'à 79 ans elle ne peut plus rester 1/2h assise pour méditer ! Cela me rassure). Il faut dire qu'ayant été instruite par Chögyam Trungpa elle était à bonne école, celui-ci ayant vu tous ses projets s'écrouler à l'âge de 29 ans, quand un accident de voiture le rendit définitivement hémiplégique. 

            J'ai fait quelques coupures pour obtenir un extrait plus large sans qu'il soit trop long.

     

    «  Bien sûr, vous avez l'impression que quelque chose de terrible est arrivé quand vous vous réveillez après un accident et que vous êtes paralysé de la nuque aux orteils, par exemple. Je ne peux qu’imaginer l'épreuve à traverser. Mais au bout d'un moment, après avoir vécu une forme de processus de deuil et après vous être senti très misérable pendant quelque temps, vous pouvez finir par vous dire, tout simplement : "Je n'ai rien fait de mal. Ma nature véritable n'a pas été touchée par cet événement. Mon être profond est toujours le même qu'avant."

         Qu'il s'agisse d'une maladie mentale ou d'un handicap physique, cela n'a pas entamé votre nature profonde. Vous pouvez avoir confiance en elle et revenir à elle comme à une pierre de touche. Et donc votre pratique, encore et toujours, consiste à sentir ce que vous ressentez sans l'émergence du scénario que vous élaborez par-dessus, à rester avec ces sensations telles qu'elles sont, avec beaucoup de douceur et même de reconnaissance.

              (...)

            Cela ne veut pas dire se sentir bien ou se sentir mal, mais aller au-delà des étiquettes de bien et de mal. Vous pouvez sentir que votre nature véritable est vaste, ouverte, fraîche, impartiale, et non emprisonnée dans ces étiquettes que nous collons partout.

              Tout est dans notre état d'esprit quand il s'agit de vieillesse : tout considérer comme positif, comme une occasion d'aller de l'avant (...). Plutôt que de reculer pour chercher à vous réfugier dans ces petites îles de sécurité qui ne cessent de vous lâcher, vous apprenez à voler ou à flotter et à être en paix dans la non-forme, dans les moments où vous perdez pied, ou lorsque vous vous trouvez face à l'ouverture sans limite de ce qui est - tous ces états qui sont en fait ce que vous êtes vraiment depuis le début.

           Vous ne savez jamais vraiment ce qui va se passer ensuite, et vous ne savez jamais qui vous êtes, instant après instant. Tout se déroule instant après instant. Vous savez, pour moi à l'heure actuelle, c'est palpitant de voir comment tout continue de se dévoiler. Même l'ennui... »

    Pema Chödrön, une conversation avec Tami Simon

     

         Je n'avais pas pensé recopier cette dernière phrase, et maintenant je la trouve magique ! "C'est palpitant de voir comme tout continue de se dévoiler."

         La Vie : un dévoilement... Et c'est ce qui suscite l'émerveillement. Petit à petit, tout apparaît ; et nous savons que rien n'aurait jamais pu être changé à ce qui de toutes façons EST.

     

     

     


    5 commentaires
  •    

            Aujourd'hui, comme Ariaga, je ne sais plus écrire... Je préfère laisser ce soin à d'autres, surtout lorsqu'un musicien-poète a su tant magnifier leur inspiration.

         Pourquoi un tel texte dans "Émerveillement" ? Parce que l'on s'émerveille de tout, de tout ce qui vit, de tout ce qui est beau, même de l'Amour qui brise le cœur et en fait une coupe d'où s'épanche le parfum de l'Éternité. Car si Jésus n'était pas mort sur la croix de l'espace-temps, il ne serait pas ressuscité dans la splendeur éternelle.

          L'accès à la Joie infinie traverse le sanglot.

     


     

    Sanglots
    de Guillaume Apollinaire, mis en musique pas Francis Poulenc



         Notre amour est réglé par les calmes étoiles
         Or nous savons qu'en nous beaucoup d'hommes respirent
         Qui vinrent de très loin et sont un sous nos fronts
    C'est la chanson des rêveurs
    Qui s'étaient arraché le cœur
    Et le portaient dans la main droite
         Souviens-t'en cher orgueil de tous ces souvenirs


         Des marins qui chantaient comme des conquérants
         Des gouffres de Thulé des tendres cieux d'Ophir
         Des malades maudits de ceux qui fuient leur ombre
         Et du retour joyeux des heureux émigrants


    De ce cœur il coulait du sang
    Et le rêveur allait pensant
    À sa blessure délicate
         Tu ne briseras pas la chaîne de ces causes

    Et douloureuse et nous disait
         Qui sont les effets d'autres causes

    Mon pauvre cœur mon cœur brisé
    Pareil au cœur de tous les hommes
         Voici voici nos mains que la vie fit esclaves
    Est mort d'amour ou c'est tout comme
    Est mort d'amour et le voici          Ainsi vont toutes choses
    Arrachez donc le vôtre aussi

         Et rien ne sera libre jusqu'à la fin des temps
         Laissons tout aux morts
         Et cachons nos sanglots

     

     


    8 commentaires
  •  


           Dans "Correspondances", Baudelaire se fait initié, et je ne me lasse pas du premier quatrain de ce sonnet.
     

    La Nature est un temple où de vivants piliers
    Laissent parfois sortir de confuses paroles;
    L’homme y passe à travers des forêts de symboles
    Qui l’observent avec des regards familiers.

     

         Il me semble que là tout est dit - peut-être en souvenir de la fin du second Faust de Goethe qui proclamait :

    Tout ce qui passe
    N'est que symbole.

     

    En effet, la Nature est le Temple de l'Esprit.

    Tout ce qui vit est un élément de ce Temple.

    Notre mental ne peut percevoir clairement la Parole que l'Esprit nous adresse, en tant que Ses Enfants.

    C'est souvent sous l'aspect symbolique qu'il comprend le mieux cette Parole.

    Et si l'Homme observe réellement cette Parole ou ce symbole, il se découvre lui-même dans un vivant miroir... d'où ce "regard familier".

     

     


    10 commentaires


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique