•  

     

              Il y a tant de mots dans le vocabulaire spirituel qui, choisis au début pour leur richesse de sens, se sont affadis avec l'usage !

             Dans le christianisme, le mot "charité" qui évoquait une forme d'amour très profonde et venue du cœur, a viré à la caricature, avec des expressions comme "faire la charité"... Dans le bouddhisme, le mot "compassion" qui rappelait que nous sommes capables de nous identifier à l'autre jusqu'à ressentir ce qu'il ressent, aujourd'hui se confond avec "pitié" et sonne faux.

            Alors ressurgit le mot "bienveillance", qui rappelle avec bonheur la "bonne volonté" qu'on a également abandonnée dans la célèbre formule angélique : "Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté".

             Ce mot semble résonner harmonieusement avec la notion de patience, qui n'est pas toujours bien acceptée face aux aléas du quotidien.

            En effet, quand des épreuves nous traversent, les accepter avec patience, demeurer confiant paraît parfois très difficile. Et le pire est je crois que nous avons une tendance immédiate à nous accuser, à exiger beaucoup trop de nous-mêmes, à nous reprocher d'avoir oublié je ne sais quoi, manqué je ne sais quoi, commis je ne sais qu'elle bévue ou maladresse.

          C'est là que le mot "bienveillance" acquiert son plus grand pouvoir. Être bienveillant envers autrui est une bonne chose, mais insuffisante, face à la bienveillance dont on peut faire montre envers soi-même comme envers les choses telles qu'elles arrivent.

           Aujourd'hui, quand des évènements me fâchent ou que je suis trop exigeante envers moi-même, je pense à cette bienveillance qui est aussi une "bonne volonté", c'est-à-dire le fait de "vouloir du bien" aux éléments concernés : je cherche à être bienveillante envers moi-même, autant que bienveillante envers les évènements qui arrivent comme ils peuvent, les pauvres... Je me dis qu'ils sont tous programmés, qu'ils font partie d'un "plan" dont je n'ai pas la clé et dont ils ne sont pas davantage responsables eux-mêmes. Et cela m'aide à m'abandonner.

           Pour cela, j'ai été bien aidée par une dame québécoise adorable qui s'appelle Ginette Forget, par exemple ici.

         Je ne vous mets pas de vidéo, vous en regarderez si cela vous dit. Car vous avez vous aussi vos propres sources de soutien ; et il est très important de se rappeler ceci : quoi qu'il arrive, il y a toujours, oui, TOUJOURS une aide quelque part (d'ailleurs Paul Éluard l'a dit dans un poème).

     

     

     


    8 commentaires
  •  

           Après avoir évoqué cette folie qui nous fait chercher à travers l'idée de la "réalisation" une sorte d'évasion de soi qui nous rendrait heureux quoi qu'il arrive, je découvre sur facebook un texte de Jeff Foster, enseignant spirituel d'une particulière puissance, qui a été posté par une de ses amies et partagé par Sève Millet, ce qui l'a conduit jusqu'à moi.

       J'ai toujours connu Jeff Foster pétillant d'énergie, et cette fois encore son texte est très long. Mais il est véritablement bouleversant et montre que, même lorsque l'on a atteint des sommets d'illumination, la souffrance peut vous rattraper et même, comme il est peut-être arrivé à Jésus, vous terrasser.

         Voici le copié-collé du message posté par Ludivine Santana-Guéry et transmis par Sève Millet :

          

         Lou Anne nous a traduit la dernière newsletter de Jeff Foster, en date du 18 mai 2021.
     
    «  ME RAPPELLERAS-TU MES PROPRES ENSEIGNEMENTS ?
     
         J'ai la maladie de Lyme. Apparemment, je l'ai eue depuis des années.
       Maintenant, elle est entrée dans mon cerveau. Cela cause - entre autres - un brouillard cérébral extrême, une perte de mémoire, une incapacité à penser clairement, ou même de parvenir à un basique sentiment de rationalité. Dans le pire des cas, c'est comme être perdu dans un brouillard et une fumée noirs et épais, incapable de parler, incapable d'accéder au temps linéaire d'une quelconque façon, incapable de contacter le monde extérieur, incapable de me souvenir où je suis, comment je suis arrivé là, quelle heure il est, ou si quoi que ce soit est vraiment réel. Un état de confusion totale, de détachement, un genre de limbes et d'enfer de démence. C’est comme couler. Comme ce qui est arrivé à mon père, il y a quelques petites années seulement.
        C'est putain d'effrayant. Et j'ai expérimenté bien des états terrifiants dans ma vie. Mais là, il faut le faire, comme on dit.
         Je vais l'admettre, j'ai été au bord du suicide bien des fois au cours des 9 derniers mois à cause de ces symptômes horribles. Cette maladie m'a poussé au bord de la falaise. Physiquement, psychologiquement. M'a emmené à la frontière de mes capacités. M'a montré mes limites, a brisé mon orgueil. M'a pris par surprise. M'a amené à mes putains de genoux. A ouvert mon cœur dans une compassion totale pour quiconque sur la planète souffrant d'une maladie chronique. Quiconque n’ayant pas été cru, qu'on a poussé à douter de sa perception, à qui on a dit que c'était « juste dans la tête ». Quiconque souffrant, tout court.
         Je pensais que j'étais fort. Je suis passé par tant de choses dans ma vie et j'ai toujours trouvé la force de continuer. (Peut-être que je suis fort).
         J'ai été très proche de mettre un terme à ma vie plusieurs fois au cours des 9 derniers mois. Je dois dire la vérité. Je dois exposer les faits. J'ai été très proche de quitter le corps et retourner à la source. Je peux l'admettre maintenant. Oui, je peux l'admettre publiquement maintenant.
          Il n'y a pas de honte à crier vers ton Dieu quand tu es sur la putain de croix. Il n'y a pas de honte à désirer ardemment le paradis quand tu es dans un enfer sur terre qui n'est pas de ton propre fait ou choix. Quand la vie brise tout ce que tu as connu.
         Enfer, je suis toujours là.
        Je ne joue pas la victime. Je n'ai pas honte de ce voyage où je suis embarqué. C'est le voyage humain, chaque seconde de celui-ci. Je dois en parler ouvertement. Je le crierai dans son entièreté sur les toits. Je n'ai pas honte d'être malade.
         Et je ne sais pas si je vais y arriver. Je ne suis pas gêné par le non savoir. Je ne suis pas Dieu, je ne suis pas omniscient. Je suis un débutant. Un nouveau né. Je peux seulement faire un pas à a fois. Je peux seulement vivre la vie moment par moment. Je ne sais pas comment finira le film. J'espère qu'il finira bien.
         Je ne veux pas mourir. J'aime tellement la vie. Tellement. Mais dans l'enfer de ces symptômes, la mort se fait ressentir comme un ami cher. Une libération. Intime, chaude, invitante, si proche que je peux la toucher, la goûter, la sentir. Comme un bain chaud dans un matin glacé de décembre. Comme se débarrasser de vêtements qui ne me vont plus.
          Comme être appelé à la maison par ma mère divine.
         Mais je veux vivre ! Je m'accroche à l'espoir que les traitements vont fonctionner. Je suis inspiré par toutes vos histoires de guérison et rémission. Je m'accroche à la promesse que le soulagement est en chemin. Antibiotiques. Thérapie ozone. Venin d'abeille. Médecine des plantes. Medical Medium. La résonance bio magnétique quelque chose. Les chambres hyperbares. Rééducation neuronale. Régime paléo. Keto. Cru. Kambo. Jeûner à l'eau. Les ondes scalaires. Lavements au café. Hyperthermie. Et merde, j'essaierai tout.
         Pendant que j'essaie d'embrasser là où je suis autant que je le peux. Pendant que j'essaie d'être présent au corps d'aujourd'hui autant que je le peux. Pendant que que j'essaie d'être ici maintenant. Autant que je le peux.
          Pourtant parfois, je veux juste mourir. Le "Fuck it" devient plus fort que le Namaste. Oui, Jeff Foster - "enseignant spirituel", auteur de livres sur la Présence, celui qui mène des ateliers sur guérir la honte, embrasser la joie et la douleur de la vie, démanteler les histoires, mettre en lumière de majeures blessures, enquêter sur les croyances qui amènent de la souffrance et du chagrin - il veut juste mourir parfois.
          Au milieu de la démence de Lyme, toute ma sagesse devient de la merde. Lymey shit.
        Non. Attendez. Je ne veux pas mourir. Je veux vivre. J'ai toutes les raisons de vivre. Toutes. J'ai des amis qui m'aiment, des projets qui ont besoin d'être menés à bien, des œuvres à réaliser dans le monde, tant d'aventures que je veux avoir. Mais cette maladie me donne juste envie de partir parfois. Fuck. Peut-être que c'est spirituel aussi. De vouloir partir. De désirer le soulagement.
         Et de dire la putain de vérité à ce propos ! La crue, désagréable, inconfortable, libératrice vérité. Oui, peut-être que c'est spirituel aussi.
        Peut-être que c'est spirituel, d'être un bazar cassé sur l'autel de la vie, d'embrasser Thanatos et l’obscurité sauvage et indomptée et le « Lymey shit » de tout cela.
         Certaines personnes m'ont dit que cette "maladie" n'était pas réelle et que tout était dans ma tête. (Oh, je vois leur douleur, leur projection, leur propre peur. Je leur pardonne maintenant. Un monde chaotique, "injuste", est la plus grande terreur de l'esprit qui cherche une réponse).
         Certaines personnes m'ont dit que c'est juste un traumatisme de l'enfance qui fait surface, ma blessure d'abandon qui s’ouvre, tout ça n'étant que de l'émotion réprimée que je n'ai jamais traitée. (Comment peuvent-ils en être certains, je leur demande ? Comment peut-on jamais parler pour un autre ? Est-ce que les tiques infectées ne reniflent que les corps avec de l'émotion réprimée ? Est-ce que les virus ne sélectionnent que ceux qui ont une douleur réprimée et des problèmes d'estime de soi ?)
         Et ils disent, ah, tu dois être effrayé de l'obscurité que tu vas trouver si tu oses regarder, et je leur dis, wow, tu ne me connais pas du tout mon ami, tu ne me connais pas du tout.
          Certaines personnes m'ont dit que j'invente mes symptômes, que j'exagère ma lutte, que je cherche l'attention. Est-ce qu'ils n'exagèrent pas les leurs, bénis soient-ils, dans ces moments-là, en cherchant de l'attention et en inventant des choses ?
         J'ai vu des réactions conscientes et inconscientes à cette maladie. J'ai fait l’objet de l'incrédulité, la remise en cause de ma perception, d’un véritable abus et du plus fou des dénis spirituels. Mais pour l’essentiel, j'ai reçu tant d'amour et de compassion, de la compréhension et de la validation. Tant de cadeaux inattendus. Tant de mots inspirants, des amis qui m'ont tenu, un soutien inattendu qui a émergé, des liens qui se sont renforcés, des relations qui se sont guéries. (Oui, la guérison est possible, même quand on est malade !).
         Mais je ne vais pas mentir. C'est traumatisant bien sûr. Être dans un corps et cerveau martyrisés par une ennuyeuse bactérie. C'est terrifiant parfois. Je n'ai jamais rien vécu de tel.
          Parfois je pleure pour ce que j'ai perdu. Parfois je rage auprès des cieux, me languissant de la vie - et des capacités - que j'avais auparavant. Pourquoi moi ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi cela ? J'ai été une bonne personne, je pense, j'espère. Pourquoi cette souffrance terrible ? Pourquoi cette maladie, toutes les maladies ? Et pourquoi maintenant, à la fleur de ma vie ? Quand j'étais si heureux et en bonne santé ? Pourquoi cette maladie, pourquoi maintenant et.. qu'est-ce que c'est que ça ?!?
          Ça n'a pas de sens. Peut-être que ce n'est pas censé en avoir.
          Je sais, je ne suis pas le seul à souffrir, à poser ces questions, à pester contre le ciel, à être assis sur les ruines d'une vieille vie. Des millions sont en train de souffrir autant que moi sur cette planète. Beaucoup bien plus que moi. Ils sont tous mon clan. Ils peuvent tous s'asseoir avec moi à cette table.
    Non, je ne le complais pas dans ma douleur. Je ne joue pas la "victime". Je ne suis pas en demande d'"attention" quand je demande de l'aide. Je ne suis pas "trop identifié" au corps-mental quand je me lamente. Je suis humain et être humain est divin et cela je le sais plus clairement que je ne connais mon propre souffle et je mourrai pour cette vérité.
        Oui, je mourrai pour ces vérités : il n'y a pas de honte à être brisé.e, et le brisement n'est pas honteux. Et il n'y a pas de honte à notre honte. Et notre vulnérabilité est aussi puissante que notre pouvoir. Et notre féminité est l’égale de notre masculinité et peut-être même plus grande car nous sortons tous de la douceur. Et la souffrance n’est pas une punition. La tristesse n’est pas une crise. La colère n’est pas « pas spirituelle ». La peur n’est rien de moins qu’un enfant bien aimé de l’univers. Et nous ne sommes pas faibles quand nous demandons de l’aide. Et nous faisons toujours de notre mieux. Je suis un être humain, qui a eu affaire à un jeu difficile, pour des raisons inconnues, et c’est tout.
         Certaines personnes disent que cette « épreuve » me rendra plus fort. Certains disent que je suis en train d’ascensionner. Certains disent que je vais accéder à une nouvelle dimension. Certains disent que si je peux m’abandonner complètement au processus, tout va guérir. Fuck. Je ne sais pas. C’est la maladie de Lyme. C’est un mystère à lui tout seul. D’une petite morsure de tique infectée, la dévastation complète d’une vie. Le corps qui essaie de survivre, faisant tout ce qu’il peut pour me maintenir en vie maintenant. Le cœur luttant pour pomper le sang jusqu’au cerveau. Les systèmes immunitaire et nerveux constamment attaqués. L’épuisement, le brouillard cérébral, les tremblements, la perte de mémoire, l’essoufflement. Et me voilà, observant tout cela, essayant de traiter tout cela, au milieu de tout cela, ressentant tout cela, essayant de trouver du sens à quelque chose qui n’en a pas, essayant de m’accrocher aux lueurs dans la nuit et le brouillard. Essayant de rester en vie, essayant de m’accrocher, essayant de trouver de la beauté dans la douleur. Le désir de vivre, le désir de mourir. La volonté de survivre, et l’épuisement qui veut dormir pour toujours et être libre de la souffrance. Me voilà, au milieu de la vie.
         Ai-je d’intelligents enseignements spirituels à partager aujourd’hui ? Quelque poésie évocatrice pour apporter de l’espoir au monde ? Quelques mots canalisés, illuminés à propos de la béatitude et la joie et la pure Conscience qui ne souffre jamais ? Quoi que ce soit qui soit vaguement exaltant ou positif ?
          Pas aujourd’hui. Non, pas aujourd’hui. Aujourd’hui, je souffre. Aujourd’hui, je supplie pour la grâce. Aujourd’hui, je contemple la fin. Fuck it.
          Laissez moi être cru et authentique avec le monde entier maintenant ; il n’y a rien à perdre, il n’y a jamais rien eu à perdre. Si tu te débats, ami, si tu souffres, si tu te sens brisé aujourd’hui et te languis d’un soulagement, tu n’es pas un raté, tu n’es pas sans valeur. Tu ne joues pas la victime. Tu n’es pas « non évolué » ou « non éveillé » (tu es la lumière, un point c’est tout). Tu n’es pas trop identifié à ta souffrance. Tu n’as pas manifesté cela. La loi de l’Attraction ne te punirait jamais. Tu n’as pas péché. Tu es aussi beau que tu l’as toujours été. Peut-être encore plus dans ta transparence, ton authenticité, ton cœur à vif, en désordre et douloureux en plein écran, et ton désir m’est cher, mon ami, et je souhaite passer plus de temps avec toi.
          Et donc. Et donc. Me voilà. Nous voilà.
        T’assoiras-tu avec moi un moment et me tiendras tu la main ? Me rappelleras-tu de continuer à respirer, de continuer à tenir bon, de continuer à me souvenir qu’il y a des traitements, et que la guérison est possible, et beaucoup de personnes vont en rémission, et je n’ai qu’à vivre un seul moment de tout ça de toute façon ?
          Me rappelleras-tu mes propres enseignements ? Tiendras-tu bon quand j’oublie l’espoir ?
         Me conduiras-tu à un rendez-vous chez le docteur ? Me feras-tu à manger quand je suis trop faible pour sortir du lit ? Auras-tu de la patience quand je n’arrive pas à sortir les bons mots de ma bouche ? Seras-tu un porte-parole pour moi ? Te battras-tu pour moi, comme je me suis battu pour toi ? Abattras-tu les portes pour moi, quand je suis si confus que je ne peux pas parler pour moi, ou même savoir quelle porte ouvrir ?
          Est-ce que tu mettras tes propres opinions de côté, tu déposeras le terrible fardeau du dogme, et tu écouteras ? Comprendras-tu mon expérience sans projeter la tienne ? M’aimeras-tu comme je t’ai aimé.e, ami.e ? Me rencontreras-tu ici, dans la dévastation de l'ancien monde ?  »
     
    Jeff Foster 
     
     
     

    Jeff Foster

     

     

     


    11 commentaires
  •  

    (Suite de l'article précédent)

     

       Pourtant, il existait une troisième voie, et j'imaginais que certains lecteurs l'auraient imaginée. 

       Peut-être n'avez-vous pas osé, ou vous disiez-vous que vous deviez choisir entre les deux ; et il est certain que le ton que j'avais adopté faisait pencher vers le second.

         Cependant si la première proposition demandait beaucoup de détermination et de courage, il me paraît évident que la seconde était totalement hors de portée ! Comment voulez-vous effacer vous-même des nuages qui se sont accumulés entre vous et le soleil ? C'est mission impossible ! Admettons que ces nuages soient des pensées ou des ressentis négatifs, une sorte d'état dépressif : comment s'en débarrasser, si ce n'est en utilisant des médicaments, ou bien en attendant patiemment "que cela passe" (comme les nuages) ?

        La troisième voie est donc celle de la Foi ; quand les choses vont très, très mal, ainsi qu'il est arrivé à Job par exemple, qui ne comprenait pas pourquoi le sort s'acharnait contre lui malgré son innocence et ses efforts ; quand l'adversité se déverse sur vous alors que vous vous êtes battus, courageusement, durant des années déjà et que vous veniez de tenter l'effort de la "dernière chance", vous sentant totalement au bout du rouleau... comment échapper à l'amertume ? À la rancune, à la colère, au désespoir ?

         C'est là en fait qu'il faut voir une bénédiction du Ciel : car le "Ciel" vous force, vous oblige, à vous détourner des apparences (contraires) pour revenir "à la maison", chez vous, dans cette fameuse position de l'observateur qui voit que les choses échappent à son contrôle et que rien ne lui appartient ; mais que là, en Soi, au Cœur de l'Être, rien n'a vraiment changé.

         De cette position on peut voir l'amertume, voir la rancune, et les laisser se déverser sans chercher à les juger ni à condamner quoi que ce soit.

        Et on y parvient mieux encore lorsque l'on y met sa Foi, tout son amour, toute sa force, comme c'est écrit dans le Psaume 22 de David - psaume que dit-on Jésus aurait récité sur la Croix, mais là c'est juste une histoire pour illustrer le Psaume ; une histoire qui cependant permet de mieux le ressentir en le découvrant vécu.

     

    Psaume 22

    1. Au chef des chantres. Sur « Biche de l’aurore ». Psaume de David.

    2. Mon Dieu ! mon Dieu ! pourquoi m’as-tu abandonné,
      et t’éloignes-tu sans me secourir, sans écouter mes plaintes ?
    3. Mon Dieu ! je crie le jour, et tu ne réponds pas ;
      la nuit, et je n’ai point de repos.
    4. Pourtant tu es le Saint,
      tu sièges au milieu des louanges d’Israël.
    5. En toi se confiaient nos pères ;
      ils se confiaient, et tu les délivrais.
    6. Ils criaient à toi, et ils étaient sauvés ;
      ils se confiaient en toi, et ils n’étaient point confus.
    7. Et moi, je suis un ver et non un homme,
      l’opprobre des hommes et le méprisé du peuple.
    8. Tous ceux qui me voient se moquent de moi,
      ils ouvrent la bouche, secouent la tête :
    9. Recommande-toi à l’Éternel !
      L’Éternel le sauvera,
      il le délivrera, puisqu’il l’aime !
    10. Oui, tu m’as fait sortir du sein maternel,
      tu m’as mis en sûreté sur les mamelles de ma mère ;
    11. dès le sein maternel j’ai été sous ta garde,
      dès le ventre de ma mère tu as été mon Dieu.
    12. Ne t’éloigne pas de moi quand la détresse est proche,
      quand personne ne vient à mon secours !
    13. De nombreux taureaux sont autour de moi,
      des taureaux de Basan m’environnent.
    14. Ils ouvrent contre moi leur gueule,
      semblables au lion qui déchire et rugit.
    15. Je suis comme de l’eau qui s’écoule,
      et tous mes os se séparent ;
      mon cœur est comme de la cire,
      il se fond dans mes entrailles.
    16. Ma force se dessèche comme l’argile,
      et ma langue s’attache à mon palais ;
      tu me réduis à la poussière de la mort.
    17. Car des chiens m’environnent,
      une bande de scélérats rôdent autour de moi,
      ils ont percé mes mains et mes pieds.
    18. Je pourrais compter tous mes os.
      Eux, ils observent, ils me regardent ;
    19. ils se partagent mes vêtements,
      ils tirent au sort ma tunique.
    20. Et toi, Éternel, ne t’éloigne pas !
      Toi qui es ma force, viens en hâte à mon secours !
    21. Protège mon âme contre le glaive,
      ma vie contre le pouvoir des chiens !
    22. Sauve-moi de la gueule du lion,
      délivre-moi des cornes du buffle !
    23. Je publierai ton nom parmi mes frères,
      je te célébrerai au milieu de l’assemblée.
    24. Vous qui craignez l’Éternel, louez-le !
      Vous tous, postérité de Jacob, glorifiez-le !
      Tremblez devant lui, vous tous, postérité d’Israël !
    25. Car il n’a ni mépris ni dédain pour les peines du misérable,
      et il ne lui cache point sa face ;
      mais il l’écoute quand il crie à lui.
    26. Tu seras dans la grande assemblée l’objet de mes louanges ;
      j’accomplirai mes vœux en présence de ceux qui te craignent.
    27. Les malheureux mangeront et se rassasieront,
      ceux qui cherchent l’Éternel le célébreront.
      Que votre cœur vive à toujours !
    28. Toutes les extrémités de la terre penseront à l’Éternel et se tourneront vers lui ;
      toutes les familles des nations se prosterneront devant ta face.
    29. Car à l’Éternel appartient le règne :
      Il domine sur les nations.
    30. Tous les puissants de la terre mangeront et se prosterneront aussi ;
      devant lui s’inclineront tous ceux qui descendent dans la poussière,
      ceux qui ne peuvent conserver leur vie.
    31. La postérité le servira ;
      on parlera du Seigneur à la génération future.
    32. Quand elle viendra, elle annoncera sa justice,
      elle annoncera son œuvre au peuple nouveau-né.

    Traduction Louis Segond - Wikisource

     

        L'appellation d' "Éternel" est primordiale pour nous permettre de concevoir qu'il ne s'agit pas là d'un être "individuel", mais de notre propre Source Éternelle qui, nous ayant introduit dans cette existence par le biais du ventre maternel puis de l'amour d'une mère, nous avait dès l'origine manifesté Sa protection.

        Il est évident que les "taureaux", les "chiens" et autres lions ou buffles ne sont que nos pensées et ressentis négatifs, ces fameux nuages qui s'accumulent et que nous seuls ne pouvons dissiper. L'enfer est dans notre tête et la délivrance est hors de celle-ci : ce n'est donc pas notre tête qui se délivrera elle-même, mais Ce qui en nous "écoute" (nous retrouvons ici la parole de Jean-Marc Mantel), et qui est éternel.

         "Le peuple nouveau-né" c'est celui qui, par amour pour plus grand que lui, aura abandonné son manteau de créature indépendante pour ouvrir les yeux à Ce qui le dépasse et qui ne meurt jamais. Ayant perdu son individualité il est égal à "tous".

        Cependant, si demeurer au-delà de soi-même nous est trop difficile, le Soi suprême peut être appelé "Seigneur", car il est le créateur de l'ego, et l'on peut se contenter de mettre en Lui sa Foi.

        

     

               


    6 commentaires
  •  

     

    Ecoute

     

    « L'écoute est guérisseuse. Elle objective les souffrances, sans les nourrir. La souffrance est une réaction. Ce qui est conscient de la souffrance est en dehors de la souffrance. En explorant le connaisseur de la souffrance, l'accent n'est plus maintenu sur l'objet, mais se tourne vers ce qui le transcende. »

    Jean-Marc Mantel,
    La pratique Spirituelle


         Bien sûr il ne s'agit pas ici de l'écoute d'autrui, mais de l'écoute de soi-même - autre façon de désigner l'auto observation. Se situer en dehors de soi-même, voici la gymnastique à laquelle est convié le Chercheur Spirituel, pratique ramenant prétendument à notre "état naturel", c'est-à-dire à ce que nous étions petit enfant : peu attaché à ce qui "nous arrive", et juste occupé à courir au-devant la vie telle qu'elle se présente, sans référence aucune permettant de comparer ou évaluer quoi que ce soit.

         Ranjit Maharaj, condisciple et successeur de Nisargadatta Maharaj, invitait ses auditeurs à s'imaginer qu'ils étaient "leur voisin" : « Quand quelque chose arrive à votre voisin, disait-il en substance, vous pensez simplement "ah ! le pauvre !", et puis ensuite vous oubliez... Faites de même lorsqu'il s'agit de votre propre vie : dites-vous qu'il s'agit du voisin.» Plus facile à dire et à comprendre, qu'à faire !

         Aussi lorsque je trouve par hasard cette lettre écrite par George Sand à Gustave Flaubert publiée par Ferdinand Brunetière (voir ici), je me dis que sa merveilleuse humanité vaut peut-être davantage que nos efforts stériles pour revenir en enfance, ce qui manifestement n'est pas le but de l'existence...

        « Pauvre cher ami,
       Je t’aime d’autant plus que tu deviens plus malheureux. Comme tu te tourmentes et comme tu t’affectes de la vie ! Car tout ce dont tu te plains, c’est la vie, elle n’a jamais été meilleure pour personne et dans aucun temps. On la sent plus ou moins, on la comprend plus ou moins, on en souffre donc plus ou moins, et plus on est en avant de l’époque où l’on vit, plus on souffre. Nous passons comme des ombres sur un fond de nuages que le soleil perce à peine et rarement, et nous crions sans cesse après ce soleil qui n’en peut mais. C’est à nous de déblayer nos nuages. »

    Ferdinand Brunetière,
    Correspondance de Gustave Flaubert avec George Sand

     

    Qu'en pensez-vous ? 

     

    Nuages et soleil

     

           


    10 commentaires
  •  

     

    L'arbre brillant sur le ciel rose

    Longs gazouillis rêveurs à la lune naissante

    L'appel d'un faisan

     

    Au léger souffle du vent

    Les fleurs lumineuses du merisier blanc ondulent doucement

    Et là-bas

    Loin derrière les grands cèdres

    L'horizon miroitant d'or liquide

     

     

     


    10 commentaires



    Suivre le flux RSS des articles
    Suivre le flux RSS des commentaires