• Ne me touche pas !

     
     
          Aujourd'hui ce texte de Jean-Yves Leloup m'interpelle... et m'ouvre à de nouvelles découvertes.
     
          Dans quel corps l’amour s’incarne-t-il ?
     
    « Noli me tangere ». La parole de l’Enseigneur à Myriam de Magdala, au matin de la résurrection, a pu être traduite de différentes façons : « Ne me touche pas », « Ne me retiens pas » sont les plus fréquentes. Elles peuvent faire réfléchir sur notre façon de « toucher » l’autre. Nous avons tous connu des touchers « réducteurs » : nous n’étions pour ces mains là , « dans ces bras-là » que de la « viande », un objet de plaisir ou un objet malade…
    Mais parfois nous avons été touchés comme des personnes, des sujets dont on interroge le désir, des malades et non des maladies.
    Plus rarement nous avons été « touchés » ou rejoints dans des lieux inconnus de nous-mêmes, notre conscience du corps en était changée ; ce n’était pas seulement un « corps de chair » mais aussi un corps de souffle, ou un corps de lumière.
    Il y a des mains qui nous enferment dans nos formes, d’autres qui ouvrent ces formes à l’espace infini qu’elles accueillent plus qu’elles ne contiennent.
    La qualité de ce toucher n’est-ce pas ce que les talmudistes appellent : « la caresse » ?
    La caresse est ce qui s’oppose à la « prise ». La vie est à caresser, elle se refuse à ceux qui veulent la saisir, la prendre, la comprendre. Elle se donne à la main qui ne cherche pas un « quelque chose » mais s’ouvre à une Présence jamais atteinte. Les secrets ne s’arrachent pas ils se devinent. La caresse renonce à savoir pour mieux rencontrer, elle n’est pas la « connaissance de l’être mais son respect ».
     
    Jean Yves Leloup in « L’Evangile de Marie, Myriam de Magdala » 
     
     
        « Ne me touche pas ! » Cette phrase entendue par Marie-Madeleine découvrant que celui qu'elle avait d'abord pris pour un jardinier auprès du tombeau où avait été déposé Jésus était en réalité celui-ci bien vivant (voir ici), est très mystérieuse... Surtout si l'on y ajoute cette autre formule qu'il aurait prononcée ensuite : "Car je ne suis pas encore remonté vers mon Père" !
     
        Cependant, éclairée par le texte de Jean-Yves Leloup, elle me paraît aujourd'hui d'une immense richesse, d'une grande puissance d'enseignement. 
     
          On peut toucher de mille façons, car chaque organe des sens touche à sa manière, à commencer par la vue : chaque saisie par les sens crée une interprétation mentale, et au bout du compte, cristallise ce qui est perçu dans une forme définie. Tout effleurement implique la séparation du sujet d'avec un objet, et la matérialisation  de ce dernier.
     
         Ayant traversé sa "passion", sa crucifixion et sa mort, Jésus a atteint sa nature christique - d'autres diraient "sa nature de Bouddha" -, c'est-à-dire sa véritable nature, qui est impalpable et sans forme, indiscernable et immortelle. S'il apparaît à Marie sous l'aspect d'un corps, il s'agit juste d'une saisie mentale pour la jeune femme, mais elle ne doit pas s'en assurer par le toucher, elle ne doit plus réduire cet être à l'homme qu'elle a aimé ; c'est dans son intérêt à elle, je pense, que Jésus lui dit cela.
      
            Toucher le pan de la tunique d'un Rabbi pour être guéri était un tour de passe-passe apprécié des Juifs et la preuve que le "Maître" en question avait par son ascèse acquis quelques pouvoirs sur la matière : mais cela restait de l'ordre des apparences, de ce qui est impermanent et donc irréel.
     
            Mourir à ce monde matériel ouvre à la grande et fabuleuse Réalité qui est invisible et impalpable, pure lumière. Déjà la forme perçue n'est plus vraiment la même puisqu'elle le prend pour le Jardinier... Ceci me rappelle la Vision du Buisson Ardent qui fut offerte à Moïse : la forme est embrasée au point que l'on n'en voit plus que la Flamme, et la "toucher" reviendrait à disparaître à son tour... Mais pour cela, il faut sans doute que Jésus soit d'abord "remonté vers son Père", c'est-à-dire peut-être qu'Il se soit Lui-même confirmé dans sa Nature Lumineuse.
     
            Cette découverte vient à point nommé m'éclairer sur la difficulté que j'éprouvais à voir le sans-forme dans la forme chez les êtres humains. C'est plus facile dans ce qui est inanimé : on peut aisément ressentir une expansion de conscience et un sentiment d'unité face à un paysage ; mais devant des êtres humains, un sentiment de séparation surgit instantanément ainsi que la certitude de la "différence de l'autre"... Même en sachant qu'il s'agit de masques endossés par le Divin pour jouer, avec nous, différents rôles ! Car la question est bien sûr de s'identifier d'abord soi-même comme sans forme, comme sans définition, comme simple observateur.
     
          La formule : « Ne me touche pas », ressentie en soi-même ou perçue intérieurement comme venant d'autrui, peut servir de mantra pour se rappeler, constamment, que NOUS sommes le sans-forme, que nous sommes ce qui ne peut être défini, ce qui ne peut être touché - mais seulement connu.
     
     
     

    Noli me tangere, Fra Angelico

     
     
    « MusiqueAujourd'hui »

  • Commentaires

    1
    Samedi 27 Juin à 21:21
    Durgalola
    La phrase est énigmatique. Surtout connaissant leur amitié. Oui tu as raison les hommes voulons souvent saisir. Je relirai le texte de Leloup et le tien. Bises
      • Dimanche 28 Juin à 10:26

        J'espère que tu profites de ton séjour malgré les orages !

    2
    Lundi 29 Juin à 10:45
    daniel

    Pour voir au delà de la forme, il faut sans doute éviter toutes les projections mentales dont nous sommes coutumiers comme les sentiments, les émotions…...Ces vibrations sont forcément bloquantes et déformantes. Se connecter à la nature est plus facile car l'affectif entre moins en jeu.

      • Lundi 29 Juin à 18:47

        C'est tout à fait ça... sarcastic Et tu sais combien je suis sujette aux projections... wink2

      • Mercredi 1er Juillet à 09:34
        daniel

        Oui, parfois un peu réactive !! mais ça se soigne …...Et puis autant rester soi-même !! Je préfère cela plutôt que des attitudes gnan-gnan !

      • Mercredi 1er Juillet à 14:59

        wink2 

    3
    Mardi 30 Juin à 06:55

    C'est toujours très riche, Jean-Yves Leloup. A réfléchir.

      • Mardi 30 Juin à 11:41

        Et il n'est pas loin de chez toi... Joli coin ! sarcastic

    4
    Mercredi 1er Juillet à 15:41

    Je relirai ce texte :Jean-Yves Leloup esttoujours trèsintéressant

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