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    Allons que ces doigts se dénouent
    comme le front d'avec la gloire,
    Nos yeux furent premiers à voir
    Les nuages plus bas que nous
    Et l'alouette à nos genoux,
    Allons, que ces doigts se dénouent ...

    Aragon

     

         Se DÉ-TA-CHER.

     "Qu'est-ce que j'ai fait ?"

    "Qu'est-ce que je n'ai pas fait ?"

    "Qu'est-ce que j'aurais dû faire ?"

         Vaines questions.

     

    Ce qui se passe est ce qu'il a été choisi d'expérimenter pour ce corps.

    Point final.

    Les autres corps expérimentent aussi ce qui a été choisi pour eux.

    Ceci forme un ensemble harmonieux analogue au clapotis des vagues qui s'entrechoquent sur les rochers...

    Il n'y a rien à chercher, rien à retenir, rien à combattre.

    Il suffit d'avoir confiance, et de se dire qu'on est forcément au bon endroit au bon moment, puisqu'on était là avant et que c'est le moment qui s'est imposé.

    C'est en ce sens seulement que nous sommes les spectateurs de notre propre vie : en prenant conscience que nous sommes là avant, après, toujours, immuablement, et que c'est la vie qui se déroule à travers nous ; comme sur un théâtre de marionnettes où un seul marionnettiste manipule à la fois le bon qui souffre et le méchant qui frappe.

      


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    Ulysse part la voile au vent,
    Vers Ithaque aux ondes chéries !

    Penché, œil grave et cœur battant
    Sur le bec d'or de sa galère
    Il se rit, quand le flot est noir, de sa colère.

    Georges Delaquys (1880-1970)


        Ainsi Olga Boulanger, dite Lili, évoquait-elle le retour certain de celui qui, sachant qu'il est parti, doit impérativement revenir.

         Dans le poème, Ulysse songe que son fils l'attend. Mais pour elle qui sait qu'elle va bientôt mourir dans la fleur de sa jeunesse, là-haut c'est son père qui l'attend, son "cher papa" perdu à l'âge de 7 ans mais qui fut toujours le phare de sa vie et à qui elle dédie son superbe psaume 130 : "Du fond de l'abîme, je crie vers toi, Iahvé Adonaï".

          Dans ce psaume une phrase particulièrement me touche :

    J'espère, je compte sur sa parole
    plus que les guetteurs de la nuit
    n'aspirent au matin.

       En effet, pour un guetteur qui a déjà connu le jour, il est évident que celui-ci succédera à la nuit. Mais pour celui qui sait qu'il n'existe que « Lui » - Iahvé - et que tout le reste n'est que faux-semblant, en quoi est-il besoin d'espérer ? Celui qu'il appelle est le support même de son être, déjà et toujours présent. Il n'a donc pas à l'attendre...

          De même Ulysse, concentré sur son but, ne verra nulle aventure se produire, si extraordinaire qu'elle soit ; ce ne seront que rêves, tandis que porté par le flot, où qu'il aille et où qu'il se trouve, il sera toujours à "I-thaque" - "I-shvara" - "I-ahvé", c'est-à-dire en « Lui ».

             Son œil est ouvert : il perçoit mais ne voit rien.

      


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           Mon père me récitait une petite fable en mouvement perpétuel qui m'amusait beaucoup mais dont je n'ai jamais pu me rappeler - ni retrouver - la partie centrale.

              En effet il énonçait lentement ce début :

    « La scène représente un désert... »

             Puis le débit de sa parole allait s'accélérant et s'amplifiant de plus en plus jusqu'à cette fin, de nouveau ralentie :

    « Oh-oh ! s'écrie la foule enthousiasmée ! 
    Et elle réclame une nouvelle représentation. »

            et enchaînait sur la reprise du début, presque chuchotée et très mystérieuse :

    « La scène représente un désert... »


             C'était un travail théâtral extrêmement rythmé et très proche de la musique.      

         Or, maintenant que se profile la pleine lune du Bélier (31 mars prochain) qui correspond énergétiquement à un travail à faire sur soi au sujet de l'agressivité, et eu égard à certains événements récents, je ne puis éviter de rapporter ce dont je me souviens du contenu intercalé à grande vitesse entre ces phrases.

           En voici à peu près (et abrégée) la teneur :

       Entre un tueur armé jusqu'aux dents qui menace d'abattre tout ce qui bouge et perce de plusieurs rafales les baraques d'un saloon qui s'effondre.

            À l'opposé surgit alors un cow-boy au grand cœur qui l'interpelle et lui ordonne de déposer ses armes.

            Sans se laisser impressionner, le bandit tire sur le cow-boy, qui riposte aussitôt.

            On entend deux déflagrations, et tous deux tombent, morts sur le sol !

           [ Oh-oh ! S'écrie la foule enthousiasmée ... ! ... ]

           

          Ainsi le cycle de l'action s'est annulé : du bon et du méchant, il n'en reste aucun.

        Et sans cesse se répète la scène projetée : la vie, la mort ; l'apparition, la disparition ; le début, la fin ; la parole, le silence ; l'agitation, le désert... 

          J'aime beaucoup cette évocation du Saṃsāra...

     

     


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           Le monde que je perçois est mon miroir, dit-on...

           Les personnes que je rencontre se comportent parfois comme le chœur antique qui, dans les tragédies de Sophocle, répond à l'héroïne pour soutenir ses différents états émotionnels. 

     

    L'héroïne

    «   Hélas ! mes sœurs, quelle douleur !

    Le choeur des suivantes

    - Ô popoï, ô popopoï ! Hélas ! Avec toi nous pleurons ! »

     

        Parfois l'héroïne jubile et le chœur danse de joie avec elle.


    « Quel bonheur ! Quelle chance insensée ! Dansons, rions ensemble ! »


      Mais parfois aussi le chœur exprime une idée possible et non présente à l'esprit de l'héroïne... 


    « Ne pleure plus ! Regarde :

    La lune qui se lève au-dessus du vieux puits...* »

    (*allusion à une mélodie de JG Ropartz)

        Et soudain c'est l'extase et toute la douleur s'envole.

     

             Ainsi se colorent les journées de l'héroïne dont je regarde les évolutions depuis mon fauteuil d'espace.

           Il y a des couleurs, du mouvement ! 

           Cela m'occupe... 

     

     


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              "Aime ton prochain comme toi-même".

              Cela ne veut pas dire : "occupe-toi de ton voisin" ou "inquiète-toi de ceux pour qui il est de bon ton d'exprimer de la compassion".

               Le mental adore cloisonner, fabriquer des devoirs, des mouvements à accomplir dans l'espace ou dans le temps, des personnes auxquelles s'attacher ou desquelles dépendre, faire des plans en établissant des étapes... Et tout cela est un labyrinthe infernal dans lequel on tourne comme une souris blanche dans un circuit fermé.

         

            Dans la réalité, l'expérience me traverse comme le vent passe à travers l'espace.

          Et "mon prochain" est tout simplement la prochaine rencontre (événement, individu, ressenti, n'importe) qui va se présenter à moi - exactement comme la prochaine vague qui va me traverser lorsque je nage dans l'océan...

           Et je dois simplement la reconnaître comme étant ma propre image, comme étant le simple flux de ma respiration, que j'aime en l'absorbant, en l'accueillant comme étant moi-même...

     

            Parfois c'est si évident ! Quelle douceur alors ! Quelle grâce !

            Mais la difficulté jaillit lorsque cela ne va pas de soi...

     

            Se laisser surprendre. Ne rien attendre. 

     

     

     


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