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            Aujourd'hui, comme Ariaga, je ne sais plus écrire... Je préfère laisser ce soin à d'autres, surtout lorsqu'un musicien-poète a su tant magnifier leur inspiration.

         Pourquoi un tel texte dans "Émerveillement" ? Parce que l'on s'émerveille de tout, de tout ce qui vit, de tout ce qui est beau, même de l'Amour qui brise le cœur et en fait une coupe d'où s'épanche le parfum de l'Éternité. Car si Jésus n'était pas mort sur la croix de l'espace-temps, il ne serait pas ressuscité dans la splendeur éternelle.

          L'accès à la Joie infinie traverse le sanglot.

     


     

    Sanglots
    de Guillaume Apollinaire, mis en musique pas Francis Poulenc



         Notre amour est réglé par les calmes étoiles
         Or nous savons qu'en nous beaucoup d'hommes respirent
         Qui vinrent de très loin et sont un sous nos fronts
    C'est la chanson des rêveurs
    Qui s'étaient arraché le cœur
    Et le portaient dans la main droite
         Souviens-t'en cher orgueil de tous ces souvenirs


         Des marins qui chantaient comme des conquérants
         Des gouffres de Thulé des tendres cieux d'Ophir
         Des malades maudits de ceux qui fuient leur ombre
         Et du retour joyeux des heureux émigrants


    De ce cœur il coulait du sang
    Et le rêveur allait pensant
    À sa blessure délicate
         Tu ne briseras pas la chaîne de ces causes

    Et douloureuse et nous disait
         Qui sont les effets d'autres causes

    Mon pauvre cœur mon cœur brisé
    Pareil au cœur de tous les hommes
         Voici voici nos mains que la vie fit esclaves
    Est mort d'amour ou c'est tout comme
    Est mort d'amour et le voici          Ainsi vont toutes choses
    Arrachez donc le vôtre aussi

         Et rien ne sera libre jusqu'à la fin des temps
         Laissons tout aux morts
         Et cachons nos sanglots

     

     


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           Dans "Correspondances", Baudelaire se fait initié, et je ne me lasse pas du premier quatrain de ce sonnet.
     

    La Nature est un temple où de vivants piliers
    Laissent parfois sortir de confuses paroles;
    L’homme y passe à travers des forêts de symboles
    Qui l’observent avec des regards familiers.

     

         Il me semble que là tout est dit - peut-être en souvenir de la fin du second Faust de Goethe qui proclamait :

    Tout ce qui passe
    N'est que symbole.

     

    En effet, la Nature est le Temple de l'Esprit.

    Tout ce qui vit est un élément de ce Temple.

    Notre mental ne peut percevoir clairement la Parole que l'Esprit nous adresse, en tant que Ses Enfants.

    C'est souvent sous l'aspect symbolique qu'il comprend le mieux cette Parole.

    Et si l'Homme observe réellement cette Parole ou ce symbole, il se découvre lui-même dans un vivant miroir... d'où ce "regard familier".

     

     


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    Rûmî- Odes mystiques

     

             J'ai repris les Odes Mystiques de Rûmî (coll. Points-Sagesses) dont j'avais suspendu la lecture en milieu de livre, et là, je ne trouve plus que des joyaux !

              Je ne puis que les lire et relire... 

           Je vous propose de découvrir avec moi la 326e - selon le classement opéré dans le livre cité. J'y ai ajouté quelques notes (le plus légèrement possible, avec juste une astérisque) mais souvent, si les propos de Rûmî nous paraissent un peu obscurs, il suffit juste de se laisser porter par eux, par le souffle qui les anime, et l'on comprend. 

              Cette Ode rappelle que les multiples désirs mondains doivent être délaissés pour l'unique désir du Divin, car Celui-ci donne sans compter à ceux qui se détournent du monde pour aller vers Lui, tout en demeurant pourtant le Créateur inconditionnel de tout ce qui est, que ce soit plaisant ("la couronne") ou déplaisant ("les entraves"), mondain ("ceux qui paissent") ou non ("ceux qui volent"), débutant ("le raisin vert") ou confirmé ("le vin"), misérable ("l'épine") ou épanoui ("la fleur")...

               La puissance d'amour exprimée par Rûmî entraîne et comble le cœur du lecteur il me semble, qu'il y adhère ou non. Et vous, qu'en pensez-vous ?...

              Mais écoutons plutôt le poète.

     

     

    Donne-moi l'extase et donne-moi l'émerveillement, ô Toi mon Créateur au-delà de l'extase !

    Donne naissance à Leylâ et fais mourir Madjnûn*, ô Artisan sans outils !

    Cent désirs divers dans le cœur de Leylâ et de Madjnûn

    Crient devant Toi : « ô Toi, Donateur sans besoins ».

    L'anneau du désir est le sceau de Salomon* ;

    Il est en gage chez toi, ne cesse pas de le porter.

    Le mois du repentir est passé, un nouveau mois est arrivé

    Qui brise et détruit cent repentirs en un seul instant.

    Que celui qui ignore le vertige pour Lui connaisse le vertige !

    Combien est stupide le cœur qui n'a pas vu ses intentions frustrées !

    Nous sommes devenus ici boiteux. Ferme la porte de la maison.

    Ceux qui paissent et ceux qui volent, tous boitent devant Son seuil.

    Ô amour ! Tu es l'âme universelle, tu es la couronne et les entraves à la fois,

    Tu es l'appel du Prophète et aussi le manque de foi de la communauté.

    Tu nous as créés avec un cœur assoiffé,

    Tu nous as attachés à la source de cette joie.

    Mon épine pour toi s'est transformée en fleur, mes parcelles sont devenues le tout ;

    Contemple le tout dans la parcelle, c'est là ce qui convient.

    Contemple dans le raisin vert le vin, et dans le néant l'existant ;

    Ô Joseph* ! contemple dans le puits la souveraineté et le royaume.

    Une épine sans fleur n'occupe point la place d'honneur dans la prairie ;

    Comment l'être fait du limon de la terre obtiendrait-il la vie sans le souffle divin ?

    Bats des mains et sache que chaque son s'origine dans l'ivresse de ce Vin,

    Car si tu bats des mains, il y a là aussi union et séparation.

    Garde le silence ; le printemps est venu, la rose est venue, et l'épine aussi ;

    Les beautés sont apparues de l'invisible pour t'inviter. 


    Rûmî, Odes mystiques - traduites du persan
    par Eva de Vitray-Meyerovitch et Mohammad Mokri

     

    *(1)  Leylâ : représente l'amour mystique parfait pour lequel Madjnûn (mot qui signifie "fou") ira jusqu'à mourir, sans se soucier de la personne réelle qui vécut sa vie tranquille (voir ici).

    *(2) Sceau de Salomon : objet magique offrant puissance sur les choses (voir ici).

    *(3) Joseph : personnage biblique très populaire dans la tradition islamique, qui représente l'élu de Dieu rejeté par les siens puis accédant à la Royauté après une transformation complète (voir ici) ; cette image rappelle vivement pour nous Jésus.

     

     


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             Pour clore cette rétrospective de ma semaine de retraite silencieuse, voici le poème que j'ai dédié au lieu et à ses habitants.

           Il reflète ce que j'y ai ressenti, avec bien sûr la chance d'y avoir séjourné au mois de mai.

          "Dechen Chöling" est le nom donné à ce domaine acheté en 1994 (voir aussi cette page) et signifie "Lieu du Dharma de Grande Félicité" .

     

     

    Profusion de fleurs
    de chants d’oiseaux

     

    Arbres immenses
    aux troncs puissants
    couverts de lierre

     

    Vallons profonds
    aux petits lacs
    où jasent les grenouilles

      

    Chemins pentus
    entre les prés herbus
    où paissent des chevaux
    et des vaches

     

     Le ciel grandiose
    aux nuages pressés
    qu’éblouit le soleil

      

    Et tout dedans
    ce Cœur ouvert
    cette gentillesse
    cette chaleur

     

    Un nid d’amour
    où reposer enfin
    dans le creux du moment

     

    Un nid de paix
    où se couler enfin
    dans la joie de la Vie

      

    Dans la Vie pleine
    totale et immédiate

     

     Et s’y abandonner
    comme l’oiseau
    qui plane
    haut
    très haut
    dans le ciel

     

      

    Dechen Chöling

     

     


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    Retraite silencieuse (suite)

     

          Je vous avais annoncé que je vous relaterais certains exercices particuliers de cette retraite.

          Vous vous doutez peut-être qu'en matière de "méditation couchée", nous avons été guidés dans un voyage intérieur à travers notre corps, afin de le ressentir et de l'habiter pleinement.

            Mais le plus bel exercice, "l'exercice divin" comme j'aime à l'appeler, est un exercice alchimique.

           Il est si merveilleux, que nous avons été invités à le faire trois après-midi de suite : le mercredi, le jeudi et le vendredi.

          C'est un exercice zen que je connaissais par le Tarot de la Transformation d'Osho Rajneesh : il s'agit de sa carte n°38, nommée justement "La Transformation" ; mais je n'avais jamais su le réaliser vraiment, n'en comprenant pas bien le fonctionnement.

     

    Transmutations

     

            Mathias Pongracz nous l'a expliqué longuement et posément, en lui donnant un nom sans doute japonais que je n'ai pas retenu, et cette fois il a je crois porté tous ses fruits.

              À mon tour je vais vous en détailler le mécanisme. 

             Là où Osho indiquait deux phases (inspir - expir), Mathias nous en a détaillé quatre, voire cinq, ce qui le rend infiniment plus pertinent.

             Cet exercice vise à nous faire ressentir notre cœur comme un véritable athanor, dans lequel toute boue se transforme en or... En en prenant conscience, on devient donc capable de développer la compassion à un niveau quasi universel : d'où son importance dans l'univers du bouddhisme zen. Cependant, sans viser quelque résultat que ce soit, il permet surtout d'habiter son cœur, et de prendre conscience de sa force ainsi que de l'indicible félicité qu'il recèle.


              Commençons.

    1ère phase -  Assis en méditation, dans la posture qui vous convient le mieux (on peut être assis sur une chaise, le dos droit et les pieds bien à plat sur le sol), après vous être bien détendu et intériorisé, remémorez-vous un moment de bonheur intense dans votre vie : lorsque quelqu'un vous a vraiment aimé, regardé et apprécié en profondeur (cela peut être un animal), ou lorsque vous vous êtes épanoui après une création, un effort récompensé, ou encore face à un paysage particulièrement inspirant. Prenez le temps de bien ressentir cette ouverture et cette chaleur dans votre cœur.

    2ème phase - Commencez alors à inspirer par le nez consciemment en ressentant que vous absorbez quelque chose de noir, de nauséabond, "claustrophobique", étouffant... En arrivant dans votre cœur, tout cela est automatiquement transformé et, consciemment, vous expirez alors par la bouche de l'air parfumé, rayonnant, rempli de lumière et de chants d'oiseaux.
    Faites cela pendant un certain temps.

    3ème phase - Après avoir bien ressenti la 2de phase, remémorez-vous un épisode particulièrement douloureux de votre vie et cette fois, inspirez cette douleur, sentez-la qui se transforme dans votre cœur, puis expirez-la sous forme de joie et de lumière.
    Faites cela durant un certain temps.

    4ème phase - Maintenant, songez à une ou à des personnes de votre connaissance qui souffrent ; inspirez leur douleur et transformez-la dans votre cœur pour laisser retomber sur eux des bénédictions.

    5ème phase - Enfin, si vous vous en sentez le courage, imaginez toute la souffrance de la terre et inspirez-la, pour renvoyer ensuite en expirant toute la joie et la beauté possible sur le monde...
    Faites cela un moment, avant de revenir doucement à vous.


        Cet exercice est remarquablement puissant, particulièrement lorsque l'on commence par ressentir profondément la chaleur authentique du cœur grâce à la première phase ; mais aussi lorsque l'on s'implique soi-même personnellement en permutant d'abord sa propre souffrance intérieure - ce qu'Osho avait omis de prévoir. Il dilate le cœur en le remplissant de joie et rend heureux par la conviction d’œuvrer pour le bien.

          Je vous invite à l'essayer vous aussi, mais sans vous précipiter, en prévoyant pour cela une  bonne vingtaine de minutes.

          Note : j'avais appris, dans les années 90, à travailler sur de la musique. Là, c'était totalement silencieux, et je confirme que c'est excellent - surtout si en fond sonore on entend des chants d'oiseaux !

            Bon exercice de la transformation à vous !

     

     


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