• Râmâyana



          Plus encore qu'Arjuna dans le Mahâbhârata, Râma est le héros parfait qui nous indique comment vaincre l'ego : le démon Râvana qui lui a ravi son épouse Sîtâ - sa Vie.

          Râvana, comme Lucifer dans la tradition hébraïque, est un ange déchu. D'origine divine, il est devenu démon par son attachement aux passions. Les démons qui l'entourent sont autant de passions et d'émotions que Râma doit combattre, mais qui renaissent constamment de façon effrayante. À l'image de la Conscience selon la philosophie hindoue, il possède dix têtes qui sont les dix organes de celle-ci : d'une part les organes dits externes ou de sensation au nombre de cinq (nos "organes des sens"), d'autre part les organes dits internes ou d'action qui sont également cinq (organes d'excrétion, de génération, mains, pieds et parole).

            La Conscience ou Ego est en possession de la Vie. Comment récupérer celle-ci ?

             Au début, Râma envoie des émissaires en tous lieux mais ne trouve pas Râvana. La Conscience ne peut être perçue que par elle-même. Elle règne sur une île inaccessible, enfermée dans sa propre citadelle.

          Enfin le singe Hanumân, fils du vent et merveilleux allié de Râma, réussit à le trouver mais ne peut se permettre de le détruire ; il représente le mental, mental qui non seulement est un don divin pour le héros, mais en plus l'aide dans sa quête.

            Une grande bataille s'engage, à laquelle Râvana se garde de participer, y envoyant des subalternes, même très proches (ses fils, ses frères) qui seront tous décimés par Râma et les forces mentales (singes) qui se sont jointes à lui. C'est ainsi que Sri Ranjit Mahâraj pourra dire que Râma ne peut tuer l'ego, car celui-ci n'existe pas réellement.

           Pourtant l'histoire réclame sa propre résolution ; et même si Râvana est décrit comme un être fabuleux ayant la faculté de se transformer à l'infini (comme la Conscience recréant des formes à l'infini), Râma reçoit enfin d'un bienheureux ermite le moyen de venir à bout de l'inépuisable ennemi ... Et voici son message 1.

     

      Glorieux fils de Daçaratha, apprends l'insondable mystère par quoi tu pourras vaincre dans les trois mondes.

        Ton esprit, concentre-le en toi-même et rends hommage à Celui qui Est. À l'Immuable qui meut tout. À l'Invariable en qui s'origine toute variation.

         Il est tout : le sacrificateur, le sacrifice et celui à qui on le destine.

         Il est le Créateur. Il est le Destructeur. Il est tous les dieux ; tous les démons. L'erreur et la vérité. Le visible et le non-visible. Le vivant et le non-vivant. Il est la Cause. Il est l'Effet. Et plus que cela encore.

         Honore en toi ce qui n'a pas de nom ; et maintenant, marche vers la victoire !

     

         La solution suprême est là, c'est pourquoi Râma est sûr de vaincre. Non de détruire un ennemi, car les têtes de Râvana repoussent instantanément au fur et à mesure qu'il les tranche ; mais en retrouvant sa juste place (nourrie de l'énergie de tous les êtres) et en brandissant l'arc suprême du Véda (la Connaissance parfaite) il anéantit le maître du lieu, le ravisseur de sa propre Vie.

         Alors, une fois celle-ci récupérée, Brahmâ lui-même lui apparaît - le Créateur du monde, celui qui est à l'origine des choses manifestées et qu'on appelle aussi l'Aïeul. Et voici ce qu'il lui dit puis la conversation qui s'ensuit :

        «  - Sais-tu bien ton origine, fortuné prince ?

           - Je suis un homme sans doute, né de Daçaratha. Mais en vérité, quel est mon nom ? Peux-tu me l'apprendre, toi qui détiens la Grande Science ?

           - Je ne puis rien t'apprendre, ô Râma, mais seulement réveiller ton souvenir ! Souviens-toi donc que tu es Nârâyana - Vishnu. C'est toi la Loi suprême, l'Intelligence, la Longanimité, la Domination de soi-même.

          Tu es la demeure de la Vérité ; l'Origine et la Fin de tout. 

           Les dieux même sont ton œuvre, et moi je suis ton cœur.

          Tu es dans tous les êtres.

          Lorsque la terre est détruite, tu es le grand Serpent qui habite les Eaux fondamentales.

           Quand tu fermes les yeux, c'est la Nuit ; quand tu les ouvres, c'est le Jour.

           Hors de toi, il n'est rien qui soit. 

           C'est pour la mort de Râvana que tu descendis dans un corps d'homme et cette tâche, tu l'achevas parfaitement. Dès maintenant si tu le veux, ta mission remplie, reviens parmi nous ! »

     

    Merveille !

    "Accomplis ton devoir et meurs", disait Ranjit Mahâraj... Il s'agissait donc de se débarrasser du démon et de revenir à Soi-même.

    "Gate, gate, pâragate, pârasamgate, bodhi, svâhâ" énonce le mantra suprême de la Sagesse Parfaite (prajñā pāramitā). Autrement dit : découvre que cela n'était qu'un jeu illusoire de ta conscience et reviens à Toi-même !

     

    Om 

    Qu'il en soit ainsi.

     


    1   Les extraits sont tirés de l'édition adaptée par Charles Le Brun (Dervy)

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