• Qui donc pourra tenir ?

     

            Les textes que l'on se remémore le mieux sont ceux qui ont été mis en musique, et bien davantage lorsqu'on les chante... C'est bien connu.

           C'est ainsi que j'ai pu découvrir et approfondir le psaume 130 (De Profundis) dont habituellement on ne connaît que les deux premiers versets, grâce à la superbe interprétation (voir ici) qu'en a donnée Lili Boulanger, mon inspiratrice de ces derniers mois, si puissante quoique disparue à l'âge de 24 ans dans les pires souffrances.     

           Ces versets, plusieurs fois répétés avec véhémence, m'ont particulièrement frappée, me suggérant un sens nouveau qui enrichit mon travail quotidien :


    Si tu prends garde aux péchés,
    Qui donc pourra tenir ? 

    (Texte utilisé par la compositrice -
    voir équivalence ici)

     

        Que sont les "péchés", sinon ces éléments émotionnels et mentaux dont à l'examen minutieux (lorsque l'on enquête suivant la méthode enseignée par Ramana Maharshi) on découvre qu'ils ne sont pas "nous" ? L'observateur en nous les rejette, les reléguant selon une formule connue de Jésus :


    Dehors, là où sont les pleurs et les grincements de dents.

    (Évangile de Matthieu)

     

         Formule qui montre bien qu'il s'agit d'émotions et de pensées sans valeur...

         Le verset dévoile alors toute sa profondeur cachée :

    « Si tu demeures attentive à tout ce qui n'est pas toi, quelle personnalité imaginaire pourra subsister ? »


       Comme lorsque l'on gomme les défauts d'un visage, ou lorsque le même Jésus calma les vagues démontées du lac de Tibériade, il ne peut plus alors demeurer que le Réel, c'est-à-dire

    l'Innommé,

    l'Indiscernable,

    l'Infini,

    Ce qui Est...


          

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  • Commentaires

    1
    Mercredi 11 Juillet à 12:12
    Daniel

    La notion de péchés m'a toujours gêné ! cela me rappelle la première fois où je me suis confessé. Quelle bêtise !! J'en garde un mauvais souvenir . Mes péchés m'appartiennent  ! Et puis ce sont des illusions !

      • Mercredi 11 Juillet à 14:23

        En effet le mot péché est mal choisi et si tu regardes les nouvelles traductions il est souvent remplacé par d'autres expressions, comme "manquements" ou "fautes". Toutefois ceux-ci restent dans l'atmosphère de culpabilité propre au christianisme.
        J'ai tenté de lui donner ici un autre sens : le "péché" pour moi (c'est en cela d'ailleurs qu'il peut être dit "originel") tient de la notion de "pesanteur" par opposition à la "grâce", selon la philosophe Simone Weil. C'est ce qui nous maintient dans l'identification à la chair, en fait juste ce "déguisement" (Maya) dont nous devons nous débarrasser.

    2
    Jeudi 9 Août à 17:46

    Je n'ai pas encore lu Simone Weil. Tant de trésors à découvrir ! Je me pose une question (qui en contient plusieurs, petites). La pesanteur peut sembler attrayante, vitale, parfois.... je ne parviens pas à la définir, à considérer la place qu'elle se doit d'occuper sur Terre. Pourquoi notre corps appelle -t-il le poids de la nourriture. Pourquoi l'enfant emmailloté (ou tenu fort dans les bras) se calme t-il ? Pourquoi l'amour si passionnel ?

    Pourquoi l'énergie est-elle brûlante, parfois... dans ce cas si l'énergie est positive, pourquoi le feu est-il d'enfer ?

    Je me pose bien des questions, à mon âge... des questions de chair, bien sûr, puisque je suis là, sur Terre et que ce qui tend à m'élever me contraint à retomber lourdement pour être auprès de ceux que j'aime tels qu'ils sont.

      • Jeudi 9 Août à 18:39

        Mon interprétation du mot "péché" est ici un peu fantaisiste ; mais souvent lorsque j'écris je cherche à concrétiser, à "retenir" (je sais bien qu'il ne faut pas le faire, mais l'écrire m'aide tout de même) un ressenti puissant m'ayant apporté la sensation d'une Présence de "Dieu" à mes côtés - pour m'enseigner, ou me soutenir... Au moment où j'ai entendu ce psaume, c'est le ressenti qui m'est venu : "si tu veilles à te dégager de ce qui n'est pas toi, ton ego ne pourra plus tenir". Maintenant, j'essaie de justifier ce ressenti et c'est peut-être maladroit. J'ai lu "la Pesanteur et la Grâce" quand j'avais 17 ans, c'est bien loin maintenant et je ne sais pas si je le relirais aujourd'hui. En tous cas pour te répondre, tout ce que tu évoques comme étant "charnel" ne l'est pas pour moi ! Le besoin de nourriture correspond à un besoin de survie : sous l'apparence illusoire d'objets tangibles nous absorbons en fait la vie divine qui entretient en nous la vie. L'enfant emmailloté que nous serrons contre nous, tout comme l'amant, c'est de l'Amour Pur, la forme la plus illuminée de la puissance divine. Dans tout ce que tu évoques, je ne vois ni péché, ni "pesanteur" !!

        Ce dont on doit se débarrasser, ce sont : 1) les croyances qui nous font imaginer vivre des "aventures" dans un univers de "formes" ; 2) l'attachement aux émotions qui nous fait croire que nous sommes malheureux, ou en colère, ou en proie à des impulsions incontrôlées, ou victimes d'angoisses... La grâce nous fait concevoir ces éléments (vie, émotions) comme un flux anodin et en perpétuelle mouvance qui ne nous affecte en rien mais seulement nous traverse. En effet comme je le notais dans mon billet d'aujourd'hui ("l'échelle", au sujet de "l'extase" ou "jouissance") tout ce qui est nourriture nous transfigure et ne peut être rejeté.

        Aimer ses proches fait partie des nécessités : nous  ne sommes pas limités à un seul corps, notre nature nous porte à nous sentir responsables d'autres corps grâce auxquels notre psychisme s'ouvre, notre cœur se dilate... L'homme n'est pas fait pour vivre seul ; les contemplatifs vivent en communauté ; ou si l'on est ermite, infailliblement on va se sentir relié à tout ce qui nous environne : animaux, nature...

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