• Jardin

     

    Aujourd'hui je m'émerveille de ceci :
     

               Comment ce corps que je pense habiter, formé de milliards de cellules qui toutes ont leur rôle et leur mouvement propre et dont la vision au microscope pourrait aboutir à celle d'un immense espace vide où tournoient des atomes semblables à des galaxies, peut-il fonctionner alors que je ne contrôle de lui quasiment rien ?

             Des pensées surgissent sans que je puisse discerner d'où elles sont apparues, des mémoires s'enchaînent, des projets apparaissent, des émotions ou des désirs se font ressentir sans que j'aie la moindre prise sur ces objets mentaux. Comment puis-je alors me prétendre l'auteur de quelque idée que ce soit ?

              Tout ces univers que sont mon corps et mon mental sont les premiers prodiges qui soient à ma portée, les plus immédiats. Mais l'expérience prouve bientôt que le monde entier qui m'entoure leur est exactement semblable : une profusion de sphères tournoyant dans un espace vide avec leur fonction et leur direction propre, et autour de moi des courants d'idées, des événements, récits du passé, projets d'avenir, effets de masse ou mouvements telluriques dont tous sont parfaitement aléatoires.

              Or tout est sans cesse en mouvement, sauf moi qui perçois cela. Je suis comme l'habitant d'un jardin que je contemple avec le bonheur d'en être le simple observateur.

     

               Cela nous reconduit à cette proposition de la Genèse :

    Dieu a créé l'homme et l'a placé dans un jardin.

     
             Mais arrêtons-nous un instant sur un détail : il l'a créé dit-on, d'une part "à son image" et d'autre part, "homme et femme à la fois" (selon le premier récit, au livre 1). Cela signifie clairement qu'il n'y a pas de genre à ce niveau, et que tout comme le Principe ("Dieu") est en même temps masculin et féminin (Père et Mère), de même le moi profond de tout être humain n'a aucune appartenance à quelque sexe que ce soit. Ainsi quand je dis "homme", je veux dire "être humain" ; et le "je" profond que nous ressentons tous en nous est Esprit, de même nature que le Principe qui est à son origine.

             Poursuivons.

           Dieu recommande à l'homme de ne pas toucher au fruit de l'arbre de la Connaissance du Bien et du Mal. 

            Pourquoi cet arbre est-il là, tentateur ?

         Parce qu'en se projetant, l'Être tout-parfait et infini ne peut éviter que tous les possibles soient présents, même la possibilité de la perdition ! Et pourquoi se perdre, sinon pour avoir le bonheur de se retrouver ?

             Ceci nous évoque alors la Parabole du Fils Prodigue : celle dont le but ultime est de conter le bonheur indescriptible qu'il y a à se retrouver après s'être perdu...

     

                 Mais revenons à cet arbre. Que représente-t-il ? La connaissance du bien et du mal, c'est la vision de la séparation. C'est l'apparition d'un univers duel, clivé entre ce que l'on aime et ce que l'on n'aime pas, entre ce que l'on désire et ce que l'on rejette ; un univers détruit, brisé par le jugement. J'accepte ceci et je refuse cela, je préconise ceci et je condamne cela ; je choisis.

            C'est de là que naît la souffrance.

         Et c'est la fin du bonheur si merveilleux éprouvé dans l'Unité parfaite... Le Temps apparaît apportant le passé et le futur, images irréelles qui empêchent de demeurer présent à soi-même ; l'Espace apparaît avec ses distances infranchissables et ses formes toutes distinctes les unes des autres. Mais ne dit-on pas aussi que la Fin des Temps est accompagnée du "Jugement dernier" ? Autant dire que pour supprimer le temps, il faut aussi supprimer le jugement. Plus de clivage, et contrairement aux dires de certaines églises, plus d'enfer ni de paradis, plus de bon ni de mauvais, plus de naissance ni de mort... Seulement la Vie, la vraie !

              Car l'Homme, image ou projection de "Dieu" le Principe originel, n'est que Félicité dans la contemplation de ce qui est, tel que c'est, sans jugement ni clivage.

     

     

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  • Commentaires

    1
    Samedi 10 Août à 21:56
    Durgalola
    J'ai lu et ressenti avec attention. Notre moi profond est au delà du sexe.
    Bises
      • Dimanche 11 Août à 10:25

        Ce qui est dommage, c'est que poursuivant ma méditation je me répands en plusieurs digressions, si bien que je touche à plusieurs sujets. Le sujet principal était de supprimer le jugement, mais cette notion d'absence de différenciation au niveau des "genres" (je ne dirais pas sexe car matériellement il y a bien une distinction nécessaire !) est ce que je reprends dans l'article suivant.

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