•  Échelle

     

     Échelle de Jacob
    (Image tirée du site)

     

         Comme notre mental discriminant aime à tout catégoriser, il adore l'image de l'échelle, qui montre une hiérarchie entre les êtres, les connaissances, les degrés d'évolution, les diverses qualités... Il met des hiérarchies partout : dans la société, dans les professions, les diplômes ou dans les degrés de difficulté, de douleur, de sensibilité ou d'intelligence.

         C'est ainsi qu'on en trouve aussi par rapport au domaine spirituel : il y aurait plusieurs échelons pour atteindre le ciel, et encore des échelons dans le ciel lui-même - qui correspondraient à une "hiérarchie" entre les différentes "puissances" célestes (Anges, Archanges, Chérubins, Séraphins, etc.).

            Pourtant quand nous naissons à ce monde, tout est parfait et indifférencié. Nous crions pour que nos besoins soient assouvis, et bientôt sommes partagés entre l'extase, qui correspond au bien-être découlant d'un besoin comblé, et l'exploration, qui est notre première manifestation d'autonomie.

           Ainsi naît le "chercheur spirituel"... 

         Il est l'explorateur (= l'enfant qui utilise son appareil locomoteur - lequel peut fort bien être transposé dans le domaine de la pensée) à la recherche d'extase (= la satisfaction d'un besoin fondamental - besoin qui s'avère être de faire de nouveau "UN" avec sa Source).

          Naissent ensuite des "Voies spirituelles" : religions, pratiques mystiques ou tous autres enseignements.

          Celles-ci utilisent très fréquemment la notion d'"échelle" : il y a les degrés dans l'initiation, et plus récemment la notion d'"Ascension" ou de "Maîtres ascensionnés", ce qui focalise l'attention vers une nécessité d'effort, et vers l'idée que cet effort peut être couronné d'une récompense, voire de gloire personnelle. Ce qui bien sûr stimule considérablement notre curiosité au niveau mental !

          Je suis un jour entrée comme cela dans une "voie initiatique", dans laquelle le franchissement du premier degré était particulièrement difficile à réaliser, ce qui ne pouvait que décourager le candidat par rapport aux suivants, résolument tenus secrets. Et j'ai l'impression que cette expérience, non seulement vaut pour toutes les autres voies, mais en plus présente la même résolution finale que n'importe quelle autre.

          En effet, comme on sait, c'est le premier pas le plus important : on apprend l'essentiel, c'est-à-dire à s'oublier soi-même, en se faisant petit, silencieux. On apprend à se mettre en retrait devant "plus grand que soi", devant ce qui nous "dépasse". En gravissant cet échelon, on se détache de soi-même, de sa partie la plus charnelle du moins.

          L'adage antique annonce :

    « Quand le disciple est prêt, le maître apparaît. »

         Le "disciple" (ou celui qui se prend pour tel) attend donc, accroché à sa petite échelle sur son petit barreau.

         Et lorsque le "Maître" (ou ce qu'il croit être celui-ci) apparaît, il frétille d'impatience à l'idée d'atteindre enfin le ciel, l'extase finale...! Il est radieux à l'idée d'être enfin remarqué, et pense toucher la "récompense" imaginée : l'entrée dans le monde des "grands" !

          Mais que fait le Maître ?

          D'un coup de serpe, il brise l'échelle.

          L'échelle disparaît, et l'aspirant redevenu plus misérable que jamais éprouve la pire des angoisses : la peur non seulement de n'arriver nulle part, mais en plus d'être brisé lui-même dans une terrible chute.

         Là, je ferai une parenthèse (comparative) pour ceux que le mot de "Maître" indispose.

          Quand vous avez appris à nager, il y avait bien un "maître nageur" ? Il baladait sous votre nez une perche trempée dans l'eau et tant que vous aviez vos petits flotteurs, vous nagiez derrière la perche avec confiance et application... Mais le jour où il enleva le dernier pain de mousse, quelle panique !! Et cette perche qui ne se laissait pas attraper... ! Moi ce jour là, j'avais désespérément coulé... Et le maître nageur n'était pas content : il disait que je le faisais exprès !

           Dans la voie spirituelle c'est pareil. Vous voilà juché sur l'échelle et hop ! Plus d'échelle !! Elle se casse et part en morceaux !

          Bien sûr vous pouvez toujours, comme Jacob, vous retrouver dans les bras d'un ange et vous battre avec... D'ailleurs c'est ce qui arrive le plus souvent : celui que l'on appelle "le Gardien du Seuil" est plus exactement la somme des peurs et des émotions cachées ou refoulées au fond de vous auxquelles vous devez subitement faire face. Accroché à ces restes de vous-même qui réclament toute votre attention vous devez les reconnaître (c'est pourquoi l'ange doit se nommer) et les accepter (cesser de vous battre contre elles). Mais lorsque vous les avez comprises et apaisées, que vous reste-t-il ?...

     

          ...  Alors il n'y a plus qu'à demeurer en suspension dans l'espace du Cœur, qui est comme un univers liquide ou aérien, totalement accueillant et porteur, moelleux et bienveillant, irradiant sa force et sa chaleur, comme la Source dont vous aviez la nostalgie et dans laquelle tout est Un, vivant et vibrant, se nourrissant soi-même dans une perpétuelle mouvance, et en parfaite communion avec tout ce qui vous entoure malgré l'apparente fabuleuse diversité et les constants échanges relationnels. 

     

    Tarot Zen - La Confiance

     

    « Cygne *Marie »

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  • Commentaires

    1
    Jeudi 9 Août à 00:20

    Mêmes considérations en matière d'échelles. Pourtant, "Alors il n'y a plus qu'à demeurer en suspension dans l'espace du Cœur" me semble encore difficile !

      • Jeudi 9 Août à 14:44

        Oui, c'est difficile... Mais seulement pour le mental qui a besoin de se poser sur quelque chose. En fait on est en suspension chaque fois qu'on s'abandonne sans préméditation ni jugement à ce qui "surgit".

    2
    Jeudi 9 Août à 15:53
    daniel

    J'aime bien l'idée de suspension. Je rêve de pouvoir voler, léger comme une plume. Je vais te faire un aveu. Je n'aime pas du tout les hiérarchies !!

    3
    Jeudi 9 Août à 17:17

    Cette légèreté me cause bien du souci, Mâyâlîlâ. J'ai justement commencé à jeter des mots sur le papier à ce sujet, mais ce ne sera pas plus utile que de jeter de l'huile sur le feu.

      • Jeudi 9 Août à 18:22

        C'est une situation qu'évoquent souvent les éveillés : Rajneesh, dont j'ai reproduit la carte "la confiance" (se jeter dans le vide), Khalil Gibran qui dans le chapitre sur la "mort" du "Prophète" évoque le fait de continuer à monter quand on est déjà au sommet, exactement comme sur le site "l'Echelle de Jacob" que j'ai mis en lien (voir ici en bas de page)... Mais bien sûr cette histoire de "voler sans ailes" nous laisse dans l'incompréhension, comme s'il s'agissait d'une acrobatie impossible. Aujourd'hui pour moi cela signifie arrêter de projeter des pensées, et s'abandonner pleinement à ce qui vient sans notion d'être acteur de quoi que ce soit. De cette manière la "vie" devient un flot continu dans lequel on baigne sans se raccrocher à rien. Autre manière de représenter le même principe.

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